lettre à Fanny Brawne, le 3 Juillet 1919
En 1918, Fanny Brawne, jeune fille effrontée qui ferait passer l'ironie d'Elizabeth Bennet pour de la limonade ,rencontre John Keats, un jeune poête sans le sous, hébergé chez uns de ses voisins qu'elle a en horreur parce qu'il ne voit en elle qu'une sombre coquette. Pas une révérance, pas une présentation policée, aucune discussion sur le temps ou sur les charmes de la campagne entre ces deux là, et même avec les autres personnages du film. J'ai beau adorer les period dramas et encore plus ceux qui ont pour arrière-plan l'Angleterre Georgienne et la Régence, je me suis régalée de voir les conventions piétinées de bout en bout.
Une porte s'ouvre rapidement, faisant déborder le thé de la tasse que Fanny est chargée de porter au jeune poète qui ne veut voir personne. Curieux début pour une histoire d'amour. C'est qu'au début, on ne sait pas trop s'ils s'aiment. Ils s'intéressent l'un à l'autre parce que leur passions font d'eux des êtres particuliers. Fanny semble ne vivre que pour les robes extraordinaires qu'elle crée dans sa chambre, et John préfère écrire des vers plutôt que de gagner sa vie.

Sans trop qu'on sache comment, la curiosité que Fanny porte à Keats, cette envie qu'elle a de comprendre la poèsie et le poète, et le tendre agacement qu'elle provoque chez lui se muent en amour. Un amour étrange et très enfantin. Un sourire, une pitrerie, une partie de ballon dans le jardin, voilà un amour bien déconcertant pour le public qui attend une passion romantique. La passion est bien là pourtant, il n'y a qu'à relire les lettres de Keats et à regarder Fanny transformer sa chambre en cimetière de papillons lorsqu'il s'en va.
Leur histoire d'amour n'est pas une histoire torturée et passionnée comme l'imaginaire populaire se figure les amours d'un poète. C'est une histoire adolescente où l'on croit s'aimer pour toute la vie en tappotant une cloison. ils semblent aussi mal assortis que des vêtements de moldus portés par un sorcier, mais rien ne semble pouvoir les séparer. Brown, le meilleur ami de Keats qui a Fanny en horreur - et c'est réciproque- a beau essayer de le convaincre d'oublier celle qui à ses yeux n'est qu'une petite vaniteuse, il n'y met pas assez d'ardeur. Idem pour la mère qui rappelle avec calme à sa fille que Keats est trop pauvre pour se marier et qu'elle devrait retourner danser pour rencontrer d'autres jeunes hommes. Avant lui, son carnet de bal était toujours rempli.
Ce qui est fascinant dans ce film, c'est à quel point les gens autour d'eux n'existent pas. On ne sait jamais trop qui est qui, pourquoi les uns apparaissent et les autres disparaissent. Aucun personnage trop malveillant ne vient déranger les amoureux en leur rappellant qu'ils sont sans le sous. On devine le manque de ressource de la famille de Fanny en voyant sa mère sans cesse occupée à la cuisine, mais lors des bals, elles semblent reçues sur un pied d'égalité avec toute la petite bourgeoisie locale. Peut être que les esprits trop cartésiens s'offusqueront de ce manque de repère, de ce trop peu d'explication sur qui est qui, mais c'est à mon sens assez accessoire.


Ah oui, si les films légèrement contemplatifs et en costume vous ennuient, allez-y tout de même, Quentin Tarantino a écrit une lettre enflammée à l'encre rouge à Jane Campion après avoir vu Bright Star à Cannes.











