Blast from the Past

Publié le par Camille la It Girl

Elle était tout pour moi. J'avais 12 puis 13 ans. C'est la fille à qui j'ai dit un peu hébétée en sortant des toilettes : "Je crois que je viens d'avoir mes règles". C'était la fille avec qui je déjeunais tous les jours à la cantine. C'était la fille à qui j'écrivais des cahiers quand j'étais les vacances. C'était celle qui rendait mes journées au collège plus supportables et avec qui j'avais des dizaines de points en commun.

C'était ma meilleure amie.

Un jour pourtant, elle est devenue la fille qui m'a brisé le coeur. Pour des bêtises. Je n'étais pas assez populaire. Sans moi elle avait tout à gagner. Sans doutes a t'elle gagné à cette époque. Mais très vite elle s'est aperçue qu'elle avait en fait perdu. C'est la fille qui m'a fait tellement pleuré qu'elle m'a rendu forte. Peut-être un peu trop. Je me suis jurée de ne plus m'attacher. Ca a peut-être marché... Je suis trop perdue aujourd'hui dans les dédales de mon passé pour pouvoir parfaitement tirer une ligne entre ce qui vient de moi et ce qui vient des autres.

C'est la fille qui un jour m'a dit " j'ai été un peu bête, on était amie, peut-être que tout pourrait redevenir comme avant". C'est la fille a qui je n'ai pas cédé et à qui j'ai déclaré froidement que " Oui peut être, mais qu'en fait non". Nos chemins se sont séparés pour de bon pendant ce printemps de 1999. Elle n'a plus appelé chez moi et j'ai continué la route avec d'autres copines. Des filles qui ne m'ont pas fait de mal.

Je l'ai revue parfois devant mon lycée, elle venait chercher ma remplaçante, celle qui avait accepté de faire les 400 coups. Nous nous toisions, mais jamais je ne lui ai parlé. Je restais forte. Un soir que je sortais d'un cours de français, je l'ai vu. Ca faisait des lustres qu'elle n'était pas venue attendre l'autre à la porte. Venait-elle d'ailleurs pour elle ? Je suis passée devant elle comme ça, sans m'arrêter. Et j'ai voulu faire demi tours, aller la voir et lui dire " tu m'as fait du mal, tu as failli gâcher ma vie mais tu vois je suis là, je suis forte. Je suis mieux sans toi"

Je ne l'ai pas fait. Ca ne servait à rien, elle l'avait vu de ses yeux vus que j'avais le sourire aux lèvres. Les premiers jours de beau temps à Lyon me font toujours cet effet là.

Il y a un peu plus de 5 ans, Facebook n'existait pas. Il n'y avait que copain d'avant. Pour moi elle a dépensé 25 euros et s'est inscrite. D'abord un mail " c'est bien toi ?" et ma réponse. Puis Msn. Puis des excuses, en bonnes et dues formes. " Tu es la personne la plus intéressante que j'ai rencontré. Nous avions tant en commun. Je m'en suis tellement voulue. J'ai pensé que jamais tu ne me pardonnerais. Les autres étaient tellement stupides... J'étais tellement stupide...

Alors je me suis rendue compte du chemin que j'avais fait, et que je ne pensais plus à elle. Tout le mal qu'elle m'avait fait avait disparu depuis longtemps. Ce n'était plus que du mal que je me faisais. Je n'ai pourtant pas encore pris le temps d'oublier parfaitement toutes les résolutions que j'ai faites mienne depuis l'âge un peu trop jeune de 13 ans. Mais ce sont des peurs que je dois faire disparaître seule et je suis longue en besogne.
Je me suis aussi sentie fière et étonnamment sereine. C'était un sentiment étrange en fait. Un " j'avais raison" qui arrivait des années après.

Je me souviens que je n'ai pas osé en parler à BFF. Parce que je ne sais pas parler de ces trucs là et que je ne voulais pas qu'elle soit jalouse, ou je ne sais quoi. Je suis un peu idiote parfois...

Cet après-midi, alors que je féminisais à la gay-pride, soudain, elle est apparue devant moi. Je savais par facebook qu'elle était à Lyon et j'avais songé à lui demander si elle voulait venir défiler derrière des charts en ballons avec moi. puisque nous projetions de nous revoir. Je sentais qu'elle serait là, mais j'étais trop occupée à tracter pour la chercher. Nous nous sommes serrées dans les bras, nous nous sommes embrassées. Elle a dit que j'avais toujours le même rire et nous avons parlé des fausses émissions de radios que nous animions depuis ma chambre.

Et puis elle s'est sentie mal parce qu'elle avait trop bu et j'ai appelé le SAMU. J'ai fini mon après-midi aux urgences, à tenir les cheveux d'une fille que je n'avais pas vu depuis 10 ans - et avec qui je n'ai plus de points communs à part quelques souvenirs évanescent et une maîtrise assez honorable des paroles des chansons de Boby Lapointe - pour qu'elle puisse vomir dans un haricot en carton maché.

Je lui parlais d'un ton un peu froid et distant. La chaleur, les anti dépresseurs, les repas qu'on saute et le rhum qu'on boit pur dans la rue pour faire la fête, ce n'est pas vraiment mon monde. J'ai trop de mauvais souvenirs de gens que j'aime et qui un jour ont été comme ça. Elle est trop paumée pour moi. Et moi qui me dit paumée, je crois que je ne le suis pas tout à fait...

C'est étrange de parler de ça aujourd'hui, j'ai voulu le faire tellement de fois... Elle a sans le savoir tellement influé sur ma vie que je me demande si je ne vais pas me réveiller d'un instant à l'autre dans le lit à côté duquel je vous parle en me disant que tout ça n'était qu'un rêve...

 

 

« La vie, voyez vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croît. »

 

 

 

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Oberbaum 24/06/2010 10:52



Je n'en reviens pas comment ton histoire est exactement la même que celle que j'ai vécue, au même âge, sur la même longueur, avec la même intensité et pour les mêmes raisons... Et un jour, vers
13 ans, elle s'en est allée avec les 'cools' et m'a brisé le coeur. Pareil, c'était une Amitié extrêmement forte, à nous endormir main dans la main pour nous sentir fortes. Des années après je
cherchais encore un moyen de la 'reconquérir' et de retrouver notre complicité du passé. Par contre, ca s'est atténué, elle n'a pas laissé un tel impact sur ma vie. Je l'ai revue, je connais les
bribes de sa vie sur Facebook, et je constate juste que nos chemins se sont séparés, qu'au fond nous ne sommes pas les mêmes. Et ta 'fierté' légitime me rappelle légèrement l'article de Virgo sur le fait de se réjouir d'apprendre ce que certains ex-stars du collège sont devenues, et de
remarquer que si notre attitude de l'époque n'était pas considérée comme cool, c'est juste qu'on était en avance sur notre temps. ;o)



Camille la It Girl 28/06/2010 16:45



Eh salut j'aime bien ton blog ( pardon j'avais besoin d'une accroche fille de 15 ans et demi en centre de vacances). En fait pour revenir à la fille de 25 ans, je crois qu'on a tous une ou un BFF
qui nous a méchemment largué un jour comme ça sans qu'on comprenne parce qu'on était trop ça ou pas assez ça. Sur le coup on pleuré notre mère ( moi en tous cas je me souviens de ma crise de
larme dans la voiture) mais au final on se dit " Tssss je suis quelqun de bcp mieux sans toi". Moi je suis redevenue une gentille fille qui travaille bien à l'école et qui apprend un nombre
incalculable de choses inutiles pour être " plus intelligentes que les pétasses du lycée". J'avais une vision des choses assez manichéenne à l'époque...


 


Cela dit j'ai retrouvé récemment une ex star du collège pleine de thune ( sa garde robe pour une ado était hallucinante) et qui a un parcours professionel qui me fait très envie. Toujours aussi
jalousable qu'à l'époque donc, sauf que maintenant je m'en fiche totalement et que vu le nombre de conneries qu'elle a sorti au lycée, je suis vachement moins " intriguée" par elle!



Elizabeth 15/06/2010 15:50



Moi aussi j'ai été très touchée par ton article, parce que ça m'a rappelé toutes mes amitiés disparues à cause de ma vie particulières. Ca s'est délité doucement pour la majorité, brutalement
pour l'une, et malgré tout, elle continue à me manquer... Parce que c'est avec elle que j'avais la plus grande complicité.


Ton sentiment de fierté je le comprends parfaitement, quand quelqu'un nous quitte, c'est humain de lui montrer qu'on s'en sort très bien sans lui (je pense que c'est exactement le même sentiment
qu'on doit ressentir lorsqu'on croise un(e) ex !).



Camille la It Girl 15/06/2010 17:56



Je crois que c'est le propre de la vie de perdre et de se refaire d'autres amis. Mais parfois certaines amitiés sont beaucoup plus marquantes que d'autres. Celle là en question aura duré un peu
plus de 2 ans et c'était au siècle passé. J'ai le double de l'âge que j'avais quand je l'ai rencontré et je n'en reviens pas, si longtemps après, de me dire qu'elle a en fait toujours un impact
sur la façon dont je gère ma vie aujourd'hui.


C'était une amitié très forte, de nos 2 côtés je le sais. Je le vois dans la façon dont elle me parle encore aujourd'hui et comme toi, je la considère comme une "ex" et j'ai toujours associé la
fin de notre amitiée à une rupture. Il n'y avait pas de sexualité entre nous mais des liens très très forts. J'aurais aimé être plus heureuse en la revoyant. Là j'ai vraiment l'impression que
demain je vais revoir un ex à une terasse de café et qu'on va se raconter nos vie depuis presque 12 ans et ça me fait un peu froid dans le dos. Je ne sais pas ce que j'ai à raconter...


Mais ce sentiment de fierté, je ne sais pas si je l'aime ou pas. J'envie la liberté qu'elle a eu, je m'en veux d'être coincée parce que je n'aurais rien de croustillant à lui dire. Je serais
toujours la même fille qu'au collège, avec juste 11 ans de plus...



vrijstellen 15/06/2010 14:02



Pour l'adresse mail, je le sais. Pour le reste aussi, j'en suis consciente. Mais, étant donné mon désoeuvrement actuel, ça me fais perdre du temps ces conneries.


Je trouve ça vraiment triste pour elle, d'en être restée à ce stade là. Enfin, d'abord prendre sa vie en main, sortir la tête de l'eau avant de s'entourer de boulets qui ont tendance à déverser
leurs problèmes sur toi. J'aurai au moins appris ça cette année.



Céline 15/06/2010 13:45



Je suis effectivement fière de moi !! ^^



Camille la It Girl 15/06/2010 16:13



Pfffff



Emeline 15/06/2010 08:36



C'est vraiment beau... Chapeau...