Scotty ne m'a toujours pas téléphoné. Je suis au bord de la crise de nerfs...
Mais j'ai réussi à garder mon calme et ma dignité hier soir en allant voir un documentaire vraiment très bien sur Anna Wintour. Pour les gens qui n'ont pas lu ou vu Le Diable s'habille en Prada,
Anna wintour est la rédactrice en chef du Vogue américain. C'est à dire que si vous achetez chez Camaïeu un pull plein d'acrylique bleu céruléen fabriqué par de dociles petits chinois, c'est parce
qu'elle a mis du bleu dans le color block d'un numéro de Septembre environ 2 ans plus tôt.
Sauf que quand le bleu céruléen arrive chez Camaïeu, Vogue en est déjà au vert d'eau. Alors même si l'on veut se croire plus fort que les bureaux de styles et Anna réunis, on ne fait que suivre
indirectement ses indications.
Mais revenons à nos moutons du Cachemire, et parlons de The September Issue puisque c'est ainsi que s'appelle le film. Il doit son titre au prestigieux numéro de septembre, le plus épais de l'année
pour Vogue. Le plus attendu aussi. Les équipes commencent à travailler dessus des mois à l'avance. En 2006, Valentino a joué son propre rôle dans Le Diable s'habille en Prada. Aucune des créations
de sa maison n'a figuré dans le Vogue de septembre. Au pays de la feuille de salade et des talons hauts, la vie est dure si on déplaît à Anna.
Le film ne dresse en rien un portrait dithyrambique. Même bee Schaffer, sa propre fille critique sa mère, à demi mot. Bee doit être contente de pouvoir porter facilement du Oscar de La Renta pour
aller faire les courses dans une supérette des Hampton l'été, mais ne veux pas du tout travailler dans la mode. Elle ne veut pas ressembler à tous ces gens qui se prennent au sérieux. Une façon
polie d'égratigner sa mère. Au fond, c'est ça que je reproche à Vogue, je trouve ça trop sérieux, tout en étant plus que consciente que si je viens de m'acheter une robe corail un peu inspirée des
années 80/90 dans sa coupe, c'est qu'un grand couturier, des bureaux de styles et sans doute Anna Wintour en ont décidé ainsi.
Anna Wintour décide tout. Si une série de photo a le malheur de lui déplaire, on recommence. Si elle veut des jupes, on trouve des jupes, si elle trouve que Stefano Pilati n'a pas fait assez de
couleur dans sa collection d'hiver pour Dior, il va s'excuser. Si Jean-Paul Gaultier n'a pas fini une robe, il va s'excuser aussi. Si Mango cherche un styliste, elle va imposer son dernier protégé.
Si elle veut de la fourure, la Peta va se déchainer, mais il y aura de la fourure. Avec des si, on refait le monde : Anna wintour se contente de le faire.
Dans les couloirs de l'immeuble Condé Nast, j'ai aussi découvert Grace Coddington, une ancienne mannequin des années 60 devenue Fashion Editor. Elle et Anna travaillent ensemble depuis 20 ans,
elles se respectent mais on découvre que même elle doit lutter pour que son travail soit gardé au montage. Evidemment, elle nous est tout de suite sympathique puisqu'elle arque avec élégance ses
sourcils à chaque remarque d'Anna Wintour. Il faut dire que lorsqu'elle demande plus de fourure devant un portant plein de fourure ou qu'elle trouve qu'une photo pleine de robes Galliano ne
respecte pas l'angle d'un sujet... sur John Galliano, toute personne normalement constituée aurait envie de le faire.

Bref le film sort en Septembre, et moi depuis que je fréquente le top du gratin fashionesque mondial, j'ai eu l'occasion de le voir en projection presse Lundi soir. Ouai encore mieux que pour
Looking For Eric que j'avais vu avec des blogueurs, là je l'ai vu avec des journalistes de mode supra bien habillée quand moi j'avais un vieux Tshirt, un vieux jean et une valise de trente kilos...
C'est pas demain la veille qu'on va me photographier, quoi que j'ai enfin fait les soldes et que j'ai une robe absolument parfaite...
Si le fabuleux monde de la mode vous intéresse ( et si non, je prie pour le salut de votre âme) je pense que le documentaire vaut vraiment le coup d'être vu, même lorsqu' on aime pas Vogue et que
les photos publiées ne vous transcendent pas, ce qui est souvent mon cas quand je vois leurs séries de photo sur le net. Celà dit, il se peut fortement que je m'achète ce fameux numéro de septembre
cette année. Comme je risque de partir à Berlin, ce sera toujours ça de sympa à lire dans l'avion pour tenir mon rang de fashionista de mon ancienne colocation erasmussienne. Mais Septembre,
l'Allemagne et l'Allemand sont encore un peu loin, je vous en reparlerai avant d'avoir acheté mon premier Vogue!